Il suffit parfois d’un simple titre pour sentir qu’on va être embarqué ailleurs. Avec Une sirène à Paris, Mathias Malzieu ne nous promet pas une simple histoire de rencontre ; il nous immerge au cœur d’une fable urbaine, aussi poétique que décalée.

Dès les premières pages, une impression domine : celle de la lourdeur de l’eau. Juin 2016, Paris croule sous les pluies incessantes et les crues. Cette atmosphère d’humidité omniprésente semble envelopper la ville d’une certaine mélancolie, faisant écho à celle de notre protagoniste, Gaspard Snow, au cœur brisé et dont les affaires ne vont pas fort.

Mais sa rencontre improbable sous les quais de Seine avec une sirène blessée, Lula, aussi dérangeante qu’étrangement familière, va alors tout chambouler.

Dans ce roman, la figure de la sirène n’est pas qu’un simple archétype romantique. Elle vient matérialiser les notions d’étrangeté et de différence, qui questionnent celle de l’identité : « Qu’accepte-t-on de perdre pour appartenir à un ailleurs ? », ainsi que son pendant : « Que doit-on quitter pour rester soi-même ? »

Et c’est peut-être là que le livre trouve ce rythme qui nous entraîne inlassablement, tel le ressac des vagues, alternant fascination et lucidité. D’un côté, il y a la fascination pour la magie de cette rencontre impossible ; de l’autre, la lucidité sur le coût des transformations.

Enfin, la ville de Paris est presque un personnage à part entière, jouant le rôle d’une sorte de miroir intérieur. Au fil des pages, elle renvoie sans concession aux personnages ce qu’ils tentent désespérément de cacher : la solitude, la nostalgie, le désir d’être compris. À plusieurs moments, on ressent que les rues, les lieux, les passages et les scènes collectives ne servent pas seulement de toile de fond, mais reflètent ou incarnent, en quelque sorte, un état émotionnel.

Si le livre pose en filigrane une question qui pourrait paraître quelque peu naïve : « Dans un monde qui va vite, comment écouter ce qui vient d’ailleurs et comment rester sensible sans se briser ? », celle-ci résonnera en nous encore longtemps après la lecture. Le livre parvient cependant à éviter de tomber dans le conte de fées romantique mièvre déjà largement éculé, en apportant au récit une certaine touche de noirceur douce-amère, notamment grâce à l’incorporation de thématiques touchant au deuil, au sacrifice, à l’héritage ou au poids du pardon.

Et, au final, on finit par accepter que la singularité n’est pas qu’un caprice, mais une façon de porter quelque chose de difficile autrement.

Informations:

  • Éditeur ‏ : ‎ Le livre de poche (29 septembre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 224 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎2253002992
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2253002994
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 142 g
  • Dimensions ‏ : ‎  17.5 x 1.5 x 22 cm

Liens Utiles:

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