Le dauphin est sans doute l’un des animaux marins qui fascine le plus l’imaginaire collectif. Pourtant, derrière ce fameux « sourire » figé qui a tant profité à l’industrie de la captivité, que savons-nous réellement de la façon dont ces cétacés perçoivent le monde ? Avec cet ouvrage paru aux éditions Flammarion, l’éthologue Fabienne Delfour nous propose de repenser notre perception du vivant en se mettant « Dans la peau d’un dauphin« .

Bien loin de l’anthropomorphisme dans lequel il est si facile de tomber dès lors que l’on aborde la question animale, l’autrice nous convie à une véritable plongée scientifique et sensorielle. Elle nous immerge tour à tour dans la peau, dans la tête et dans la vie d’un dauphin. Spécialiste des mammifères marins, Fabienne Delfour s’appuie sur des décennies d’observations à leurs côtés pour nous faire découvrir l’Umwelt des dauphins – autrement dit leur univers propre, tel qu’ils le perçoivent via leurs sens, leur intelligence et leur culture.

Au fil des pages, l’ouvrage décrypte avec une grande clarté la complexité de leurs interactions sociales, l’incroyable sophistication de leur écholocation, mais aussi leur rapport au deuil, au jeu, à leur environnement et à l’humain. Cette lecture nous invite, l’espace d’un instant, à décentrer notre regard d’humain pour essayer à notre tour de visualiser et de comprendre un monde fait de signatures sifflées et de paysages acoustiques.

Dans la peau d’un dauphin est un livre de vulgarisation grand public, aussi actuel que nécessaire d’un point de vue écologique. Car ce n’est qu’en comprenant mieux qui sont véritablement ces animaux que l’on pourra pleinement saisir l’urgence de les protéger face aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur eux (pollutions sonores et chimiques, captures accidentelles, dégradation des habitats).

J’aimerais souligner un aspect du livre qui m’a particulièrement plu : la réflexion que construit l’autrice sur l’éthologie et la manière dont nous la pratiquons à l’heure actuelle. Elle aborde avec justesse la façon dont nous montons nos protocoles d’études, les biais qu’il nous faut déconstruire, les limites de nos recherches, jusqu’aux nouvelles perspectives à envisager.

Il me faut cependant mettre en garde les lecteurs les plus sensibles. Une grande partie des expériences décrites par l’éthologue se déroulent malheureusement à une époque pas si lointaine où celles-ci s’effectuaient en delphinarium. Il n’y a ici pas de parti pris militant de la part de l’autrice, juste des faits exposés ; chacun restera donc libre de se renseigner par ses propres moyens pour se forger son propre avis sur la question. Je me devais tout de même de mentionner cet aspect pour celles et ceux que cette lecture pourrait heurter.

Enfin, pour être tout à fait honnête et un brin pointilleuse, je dois soulever un point de l’ouvrage qui m’a déçue : le manque cruel de sources et de bibliographie. C’est à mon sens assez problématique, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation. Alors que la communauté scientifique se bat au quotidien pour inciter le grand public à vérifier les informations à la source et à ne pas prendre tout ce qu’il lit pour argent comptant, cette absence fait défaut. De plus, un vrai travail de déconstruction de la figure du « savant omniscient » est actuellement en cours, invitant les chercheurs à citer rigoureusement leurs sources pour contrer les biais d’autorité (comme la fameuse « maladie du Nobel »). Ce manquement me semble donc un peu contre-productif, car le lecteur se voit obligé de faire entièrement confiance aux récits de l’autrice. J’aurais aimé connaître les raisons de ce parti pris éditorial, et j’aurais surtout apprécié que les références des études ou expériences décrites soient ajoutées pour permettre une lecture plus approfondie du sujet. Heureusement, ResearchGate et Google Scholar sont là pour nous sauver !

Pour conclure, je dirais qu’il s’agit tout de même d’une lecture très intéressante et accessible, que je recommande vivement à tous les amoureux de l’Océan, ainsi qu’aux curieux qui souhaiteraient réapprendre à s’émerveiller du monde sauvage.

Informations:

  • Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION
  • Date de publication ‏ : ‎ 17 mai 2023
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Nombre de pages de l’édition imprimée ‏ : ‎ 320 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2080416723
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2080416728
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 400 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 16 x 2.2 x 22 cm

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