Il y a quelques jours, alors que j’étais en vacances chez mes parents dans le Gers, j’ai reçu une invitation de mon amie calligraphe japonaise Yoko Amiel, pour le vernissage de l’exposition: “Fragments du Japon 2” qui se tient actuellement dans le sublime château de Lavardens.

Cette volonté de la part de M. Chistophe Jankowiak, président du centre d’art du Château de Lavardens, ainsi que de toute son équipe de mettre en avant les artistes japonais n’est pas totalement nouvelle. En effet dès 2019, l’artiste Taro Fukushika avait été invité à exposer une série de calligraphies, aux cotés d’artisans verriers aux techniques époustouflantes. Puis d’octobre 2019 à janvier 2020, les célèbres daruma avaient subtilement partagés l’affiche avec les traditionnels santons de Provence. Une association aussi étonnante que plaisante, qui malgré la surprise qu’elle a suscité, connut un véritable succès tant auprès des plus petits que des grands.

Fort de ces succès auprès du public, c’est assez naturellement que l’idée de collaborer avec encore plus d’artistes japonais pour la saison 2020 a peu à peu vu le jour, donnant ainsi naissance à la première exposition “Fragments du Japon” qui présentait une quinzaine d’artistes japonais en tout genre (peinture, calligraphie, gravure, kimono, poterie, céramique, sculpture de bois, photographie, etc.).

Tout comme l’an dernier, cette exposition vous amènera à la découverte du Japon via ses multiples aspects, sa riche culture, et ses techniques ancestrales… en présentant à la fois des artistes contemporains, tout comme des grands classiques de l’histoire de l’art du Japon tel Hokusai.

Quelques artistes au programme:

Rikizo Fukao:

Peintre autodidacte, fasciné par le obi (ceinture de kimono). Il travaille ce motif central dans ses œuvres depuis 40 ans.

Kojiro Akagi:

Peintre inspiré par les paysages urbains, il eut pour but de réaliser 600 vues parisiennes. A l’aube de cet objectif, alors qu’il participait à la première exposition Fragments du Japon, l’idée germe de venir en 2021 en résidence à Lavardens, afin de peindre le château, pour lequel il eut un réel coup de cœur. Malheureusement, il nous quittera en février 2021, avant d’avoir pu réaliser ce projet.

Sawako Ginno

Artiste pastelliste, elle parodie l’œuvre du célèbre Hokusai “36 vues du Mont Fuji”, au quel elle y incorpore la figure sacrée du Cerf.

Akihiro Maeda

Sculpteur ébéniste, dont l’art s’inspire des danjiri (Chars de festival) ainsi que des personnages folkloriques du Japon, mais aussi de France pour cette exposition.

Junichi Hozono

Menuisier et ébéniste, créant des objets du quotidien, afin de la rendre plus belle. Il travail le cèdre précieux: Yakusugi, allié à la teinture d’un noir profond, suivant la technique ancestrale de teinture d’Oshima Tsumugi, traditionnelle de l’île d’Amani Oshima, il porte une attention particulière au motif des vagues.

Hachiro Kanno

Peintre calligraphe, ses œuvres mettent en scène une écriture abstraite dérivée de la calligraphie japonaise afin de proposer une vision équilibrée du monde et de l’art, se construisant autour des thèmes universels du vide et du plein chers à la culture shintoïste.

Taro Fukushika

Calligraphe, poète et artiste de rue, il crée des ouvres mêlant poésie et calligraphie improvisées sur le vif, directement inspirées par ses rencontres. Son art se veut tel des encouragements inspirants destinés aux gens qu’il rencontre, et à ce jour il a déjà créé 10 000 poèmes-encouragements.

Masha Tabet

Calligraphe et céramiste, son style de calligraphie libre se fonde la liberté de mouvements et l’élan énergétique du geste, auquel elle incorpore des éléments d’or rappelant la technique du kintsugi. A travers son œuvre, elle cherche notamment à donner une nouvelle existence plus contemporaine aux techniques ancestrales d’art et de méditation.

Yoko Amiel

Calligraphe spécialisée dans le style kana (traditionnellement réservé aux femmes), ses œuvres tournées vers l’épure et la simplicité s’inspirent de la nature, du zen et du wabi-sabi, qu’elle combine parfois à la peinture sumi-e afin de mieux mettre en valeur les haïku des maitres tels que Santoka ou Bashô qu’elle calligraphie.

Miki Nakamura & Jean-Michel Letelier

Ce couple d’artistes travaille à quatre mains le papier washi selon sa fabrication traditionnelle. S’inspirant de la nature, Miki travaille autour du concept d’impertinence, cherchant la forme primordiale quand toute chair à disparu. Quand à Jean-Michel, il revisite le concept du papier en lui même, en jouant sur la matière et la superposition dans ses créations.

Philippe Marinig

Photographe, explorant les mondes intimes et fermés que recèle le Japon. Il offre avec sa série “Kyoto no kode” une vision unique et délicate de l’univers des maïko.

 

Enfin l’exposition s’articule également autour d’œuvres plus traditionnelles telles que des estampes d’Hokusai ou d’Utagawa, des armures, kimonos et objets d’artisanat dont voici un petit aperçu, afin de vous donner envie de venir visiter l’exposition.

 

Quelques impressions personnelles: 

Ayant longtemps fréquenté la communauté japonaise lorsque que je vivais à Paris, il va de soit que je ne fut pas vraiment dépaysée par l’exposition, ni eu de grandes révélations devant les estampes traditionnelles ou la vaisselle artisanale. En revanche, j’apprécie vraiment de pouvoir voir réellement les œuvres des artistes contemporains que je suivais déjà via les réseaux sociaux, on ne répétera jamais assez à quel point l’art prend une toute autre dimension lorsque qu’on le contemple de ses propres yeux.

J’ai également fait quelques belles découvertes telles que les créations en papier washi de Miki Nakamura, pour lesquelles j’ai eu un vrai coup de coeur. 

Enfin, ayant été invitée au vernissage, il est toujours agréable de pouvoir entendre les artistes nous parler de leur oeuvres. J’ai apprécié redécouvrir les calligraphie de mon amie Yoko. Ou de pouvoir apercevoir (j’étais malheureusement bien trop intimidée pour oser l’importuner, et aller lui parler) le peintre calligraphe Hachiro Kanno dont j’admire le travail et la réflexion artistique, et dont je présentais les œuvres il y a quelques années dans la revue spécialisée “Japon Lifestyle”. 

De plus il faut savoir que “Fragments du Japon” est une expo-vente. Ce qui vous permettra non seulement de vous offrir une des oeuvres d’arts exposée (si vous disposez du budget adéquat), mais de découvrir également certains créateurs et artisans dans la plus pure tradition japonaise dont vous pourrez acquérir les productions (daruma, kokeshi, vêtements upcyclés à partir de kimonos traditionnels, etc. Il y en a pour tous les goûts… et j’ai craqué bien évidemment pour une des création de Saori Urata).

Enfin je dirais qu’il est toujours plaisant d’être le témoin d’un lien entre le Gers et le Japon qui est entrain de naître. J’aime que l’art y compris venu d’ailleurs ne soit plus réservé à une élite parisienne, et que l’on puisse en profiter jusque dans nos campagnes. Et j’espère que nous aurons encore droit à de magnifiques expositions à la croisée de ces deux mondes dans les années à venir. 

Informations

  • Exposition: “Fragments du Japon 2”
  • Dates: 1er Juin au 26 Septembre 2021
  • Lieu: Chateau de Lavardens – Gers
  • Ouvert: du Lundi au Dimanche
  • Horaires: 9h30 – 13h et 14h- 18h30
  • Tarif : Adulte: 7€ – Réduit 3.50€
  • Site: https://chateaulavardens.fr