De la responsabilité du Photographe Naturaliste
Souvenir d’une des plus belles et des plus attendrissantes rencontres que j’ai pu faire : la naissance de Gravelots à collier interrompu (Charadrius alexandrinus ou Anarhynchus alexandrinus). Une espèce qui se plaît à nouveau sur nos côtes depuis les confinements, mais qui reste toujours très fragile.
Pourquoi je ne poste cette photo que maintenant ? Des mois après l’avoir prise, alors qu’elle aurait été du plus bel effet sur mes réseaux sociaux, à l’heure où ceux-ci ne sont plus qu’une course à la mise en scène spectaculaire de la vie quotidienne ?
En tant qu’écologistes, naturalistes ou simples passionnés du vivant, j’estime que nous avons une responsabilité à prendre quant à ce que nous partageons sur nos réseaux. Et nous devrions appliquer la devise suivant :
« Que notre seul but soit de capturer l’instant présent sans jamais nuire au vivant . »
Lorsque nous postons sur l’instant, ou que nous donnons tout un tas d’informations visuelles sur notre photo qui permettent de reconnaître et de localiser où l’image a été prise (pire encore lorsque nous indiquons directement sa position GPS), nous avons un impact. Par ces petites actions, même sans le vouloir, nous encourageons tacitement les spectateurs, les curieux et toute personne avide de faire une belle photo à sensation à venir en masse sur les lieux. Cela peut être on ne peut plus dévastateur pour la faune locale, à plus forte raison pour des espèces telles que les Gravelots, qui voient chaque année une partie de leurs nids piétinés et leurs œufs détruits par les promeneurs ou les chiens.

Pour ma part, la rencontre avec ces poussins était tout à fait fortuite. Je réalisais une sortie naturaliste en solitaire dans le but de recueillir des informations de terrain pour un devoir que je rédigeais alors.
C’était l’un des tout premiers nids de la saison à avoir été trouvé. La photo n’a été prise que sur le vif, au téléphone portable et le plus loin possible, dans le seul but de transmettre la localisation GPS à l’association de protection à qui je l’ai immédiatement signalé. Un des membres de l’association m’a alors guidée par téléphone pour mettre en place une protection de fortune avec les moyens du bord. Cela a permis de sécuriser le nid, dont tous les œufs n’avaient pas encore éclos, le temps que les bénévoles puissent venir installer un véritable système de protection.


Malgré l’envie, je ne me suis pas attardée sur les lieux afin de ne pas causer plus de stress que nécessaire aux poussins et à la mère. Celle-ci a d’ailleurs regagné le nid dès que je suis partie, pour mon plus grand soulagement. Je ne suis pas non plus revenue quelques jours plus tard avec un « vrai » bon appareil photo, préférant laisser toute la tranquillité possible à l’espèce.

